Foyer d’accueil des réfugiés – CM septembre 2016

Vivre EnsembleMonsieur le Maire, chers collègues, chers concitoyens,

 

Il y a un peu plus d’un an, nous nous étions rencontrés au square des alliés, lors de la fête de quartier du Petit Ivry. Nous vous avions interrogé sur la politique d’accueil des réfugiés dans la commune et nous avions manifesté notre souhait d’y être associé.

Quelques jours plus tard vous avez réuni le monde associatif pour poser la question de l’accueil des migrants. C’est unanimement que près de vingt associations avaient dit leur solidarité. Tout un chacun convient qu’il s’agit de populations qui sortent de situations effroyables. Les réfugiés sont polytraumatisés, chaque étape de leur voyage s’étant accomplie au péril de leur vie. Bien souvent au cours de leur périple, ils se sont heurtés à l’indifférence sinon au rejet agressif des habitants des pays traversés.

Dans ce contexte, l’initiative d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, est courageuse. Créer une « bulle d’accueil » de courts séjours pour les migrants. Un des centres sera donc ouvert à Ivry, à l’ex usine des eaux, lieu qui appartient à la ville de Paris. Ce centre sera ouvert à la fin de cette année civile aux familles, femmes et enfants. « Ce centre de 400 places est un palliatif à la rue et surtout pas un hébergement de moyen terme. Juste le temps pour chacun de se reposer et d’être orienté vers un dispositif plus pérenne. »

Cette structure permettra aux personnes de bénéficier dans des conditions dignes d’une réponse à la satisfaction des besoins vitaux (hygiène, alimentation, hébergement), d’avoir accès aux services de santé et bien entendu, à un accompagnement et une réorientation vers un dispositif adapté.

Nous ne pouvons que nous réjouir de ce projet et des garanties qu’il apporte. Nous ne pouvons qu’apporter notre soutien à cette démarche et à Monsieur le maire pour avoir accepté cette proposition. Nous socialistes d’Ivry, tenons à manifester notre solidarité à ces réfugiés. Nous ferons tout ce qui nous est possible pour faciliter leur cohabitation cordiale avec le quartier et leur séjour dans notre ville.

La crise migratoire résulte des désordres du monde, que nul n’ignore, et sur lesquels, je ne crois pas opportun d’intervenir ce soir. Ces désordres contraignent à l’exil des milliers de femmes et d’hommes qui fuient les guerres et les persécutions. Elle concerne l’Europe entière.

La France, 5e puissance mondiale, prend ses responsabilités.

L’Etat va ouvrir massivement des places en centres d’accueil et d’orientation et en centres d’accueil pour réfugiés afin de désengorger les principaux de lieux de campements improvisés, en particulier ceux de Paris et la jungle de Calais, mais aussi afin de donner des conditions de vie meilleures à toute cette population.

L’Etat et certaines collectivités locales sont dans leur rôle lorsqu’ils organisent et financent un accueil digne et maîtrisé des réfugiés et demandeurs d’asile.

Nous ne pouvons que regretter que les Collectivités Locales volontaires soient déjà celles qui sont les plus accueillantes et qui ont le plus fort taux de migrants.

Nous soutenons l’appel des 100 maires solidaires qui soulignent l’importance de trouver une issue solidaire et humanitaire pour sortir de ce drame qu’est la jungle de Calais et que sont tous les autres campements.

Nous sommes scandalisés par les postures et les propos tenus par des politiques de haut rang qui propagent des discours de haine, de repli sur soi et de refus des autres.

Comment peuvent-ils se réclamer des valeurs de la République quand ça les arrange et les refuser et s’organiser en fronde quand il s’agit de se faire réélire ?

C’est une attitude honteuse et inhumaine mais ce sont surtout des propos antirépublicains. En effet, faire le choix de jouer la peur, la division, l’extrémisme est un jeu dangereux qui porte atteinte aux valeurs de la République.

Faut-il rappeler que le droit d’asile est un droit de l’homme fondamental reconnu par la Déclaration universelle des Droits de l’homme, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la Convention de Genève du 27 juillet 1951.

De plus, l’accueil des réfugiés est une tradition républicaine à laquelle la France n’a dérogé que pendant les années noires de l’occupation.

La France s’enorgueillit d’être «la patrie des droits de l’homme » mais la situation finirait par donner raison à Robert Badinter quand il interroge grinçant : « peut-être la France n’est-elle finalement que la patrie de la déclaration des droits de l’homme ? »

Je reprends ici les propos du Président d’Emmaüs : « Qu’on le veuille ou non, qu’on l’instrumentalise ou pas, la nécessité de prendre collectivement en compte, humainement et fraternellement, avec bienveillance et exigence, l’accueil des réfugiés et des naufragés du monde est pour longtemps à l’horizon de nos sociétés. Dans ces conditions, le principe d’humanité doit gouverner les autres principes. »

Dans ce contexte, nous avons plus que jamais un devoir de réussir cet accueil. Il devra être exemplaire.

Aussi, il est impératif de s’appuyer sur les Ivryens.

Car certes l’aspect financier est traité par l’Etat et la Ville de Paris, mais c’est néanmoins Ivry qui accueille. Ce sont les ivryens qui accueillent. Ce sont eux qui vont côtoyer ces réfugiés, les rencontrer, contribuer à créer un environnement rassurant et hospitalier.

Nous regrettons, Monsieur le Maire, que vous ayez pris cette décision sans aucune concertation préalable, ni avec les élus, ni avec la population; l’information a été donnée après que le processus ait été engagé. Certes vous avez obtenu comme contrepartie qu’il soit possible accueillir dans ces locaux un certain nombre de Roms pris en charge à Ivry. Mais il vous appartient avant tout de rassurer la population déjà très marquée par l’expérience du campement Truillot.

Ivry sera une fois de plus en première ligne pour la solidarité envers les plus fragiles. La situation est a priori très différente de celle qui avait abouti à l’installation sauvage de Roms à Truillot. En ouvrant un centre d’accueil structuré et encadré, entièrement financé par Paris (20%) et l’Etat (80%), c’est l’occasion de démontrer à Ivry une solidarité concrète et efficace, sans retomber dans les travers rencontrés précédemment et sans qu’il ne coûte aux Ivryens.

Monsieur le Maire, il ne faut pas éluder les préoccupations et les questions des habitants. Elles ont toutes leur pertinence et leur légitimité.

Vous devez compter sur la maturité des Ivryens, Faire confiance aux Ivryens. S’appuyer sur leur sens de l’hospitalité mais aussi mobiliser les solidarités, toutes les solidarités et elles sont nombreuses. De nombreux ivryens se sont déjà manifestés.

Ivry est une ville de mixité. Les Ivryens, dans leur diversité et leurs différences, ont démontré qu’ils savaient vivre ensemble. Tout doit être mis en œuvre pour que l’arrivée de ces réfugiés nous conforte dans notre capacité à bien vivre ensemble.

Mais le devoir de solidarité et l’élan du cœur ne suffit pas. Pour faire face à l’impérieuse nécessité de réussite, il faut un peu de réalisme, de pragmatisme et un souci d’efficacité par rapport aux objectifs retenus et énoncés.

Nous devons veiller à ce que le cadre établi et les moyens garantis soient effectifs.

La mission de gestion de ce centre d’accueil et d’orientation a été confiée à Emmaüs solidarité, organisme qui œuvre déjà sur notre territoire.

C’est une réelle garantie pour la mise en œuvre de ce dispositif et l’accompagnement de ces migrants.

Nous savons tous en effet, que cette population est une population fragilisée, traumatisée, et que seule la bonne volonté ne suffit pas pour apporter les réponses adéquates.

Ces regroupements aussi importants, 400 personnes, ne sont pas sans poser des problèmes spécifiques : sécurité, maîtrise du nombre d’accueillis par rapport à la capacité d’accueil, durée des séjours…et bien d’autres.

Il faut de l’expérience, des moyens, un suivi régulier et de qualité du dispositif mis en place.

Aussi, Monsieur le maire, nous vous demandons quel dispositif de suivi et d’évaluation est prévu ?

Si le centre d’accueil et d’orientation est pris en charge financièrement par l’Etat et la ville de Paris, la commune, les habitants d’Ivry sont des acteurs essentiels dans la réussite de ce projet.

Nous attendons donc que les élus et les Ivryens soient pleinement associés à la mise en place et au suivi de ce dispositif, qu’ils puissent exprimer leurs attentes que leurs inquiétudes soient respectées et entendues et qu’ils puissent apporter leur concours sous des formes diverses.

La réussite de cette démarche solidaire n’en sera que plus grande.

 

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