Intervention de David Onakaya-Menge sur Ivry Confluence – Conseil municipal d’Octobre 2013

David (2)Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Voici deux ans, à présent, que Romain nous expose l’avancement de la ZAC Ivry-Confluences, projet ô combien important et structurant pour notre ville et son devenir.

Quel chemin parcouru depuis le document de référence Avenir Gambetta, de 2002. L’ensemble de ces évolutions est d’ailleurs bien retracé par l’aménageur dans son compte-rendu.

Les deux documents présentés ce soir sont nécessairement plus exhaustifs que les précédents. Ce point d’étape met en avant notamment les efforts fournis en matière de développement durable, efforts louables mais dont seul l’avenir pourra nous confirmer les résultats effectifs.

Le compte rendu de la SADEV, n’appelle pas de commentaire particulier, image fidèle, nous le souhaitons, d’une situation présentée à un instant « T » par un gestionnaire.

Ceci étant, nous pensons qu’il est indispensable d’évoquer l’esprit d’Ivry-Confluence : garantir une ville mixte donc solidaire, active donc apaisée, métropolitaine donc Ivryenne !


Il convient à cette étape que nous soyons extrêmement vigilants concernant le développement d’Ivry-Confluence : le stationnement et les règles de circulation ; la dotation en équipements publics, suffisants et adaptés ; et la quantité et la qualité des espaces verts prévus.

Nous avions déjà exprimé lors des débats sur la révision du PLU notre scepticisme sur l’insuffisance des places de stationnement. Il est important certes de vouloir continuer à faire sortir notre ville du « tout voiture » en prévoyant des aménagements adaptés.

En contrepartie, se contenter de réduire les places de stationnement disponibles dans une partie de la ville qui fait la part belle à l’activité économique nous paraît hasardeux, notamment en l’absence d’une bonne desserte en transports publics.

Certes, il est prévu des améliorations notables sur ce point comme l’arrivée du TZEN 5 en 2020 ; ou encore avec l’extension de la ligne 10, que nous appelons bien entendu de nos vœux, mais qui reste encore une hypothèse de travail. Il est nécessaire d’anticiper le risque d’encombrement des infrastructures existantes et la multiplication des comportements anarchiques qui nuiront au vivre-ensemble et à la ville apaisée que nous souhaitons tous.

De manière générale, les infrastructures publiques prévues, approuvées en 2011 par le Conseil Général et la Préfecture, semblent suffisantes même si les rapports ne s’y attardent guère. Nous avons prévu de destiner 114 millions d’euros à ces équipements, nous resterons vigilants quant à leur livraison en temps et en heure, à leur concordance avec les prévisions de logement et à leur dimensionnement, au nom de la qualité de vie de nos concitoyens. Un petit rappel à ce titre sur l’alerte qu’a formulée à plusieurs reprises ma collègue Sandrine Bernard quant aux établissements scolaires qui doivent rester à une échelle humaine et ne surtout pas ressembler à des « usines » à enfant.

Cette ZAC est ambitieuse, sa mise en œuvre sera complexe ! Et son équilibre financier est délicat. Il va donc nous falloir être parfaitement articulés entre la libération des charges foncières génératrices de recettes et la mise en chantier des équipements publics. Faute de quoi, les premiers ensembles de logement et d’activité verront le jour sans avoir à proximité les services publics nécessaires à la bonne vie en collectivité.

Concernant les espaces verts, on note que ce projet permet une nette amélioration de l’existant en multipliant par 20 la quantité d’espaces verts, grâce notamment à la création du futur parc de la Confluence qui représentera à lui seul 37 000 m² du nouveau total. Cependant, nous sommes curieux d’en savoir plus sur les futurs squares et considérons que les noues et faisceaux paysagers, aussi réussis soient-ils, ne se substituent pas aux véritables espaces verts.

confluenceConcernant les autres aspects du développement mixte et durable de ce secteur, nous approuvons pleinement la volonté de faire d’Ivry-Confluences une contribution exemplaire à la ville ouverte et apaisée qu’Ivry veut incarner, et espérons que cela devienne une réussite. La collecte des déchets par conteneurs enterrés, la gestion des eaux pluviales, la sobriété énergétique des constructions, le développement du chauffage urbain par géothermie, la structuration des axes de déplacement… Sont autant de petits bonds en avant qui feront d’Ivry-Confluences et au-delà, souhaitons-le, d’Ivry tout entier, une portion remarquablement en pointe de la métropole du Grand Paris.

La concertation entamée en 2009 avec les habitants et les acteurs intéressés doit plus que jamais continuer voire s’intensifier.
Les festivités et éléments de communication produits autour du projet sont des moyens de le faire connaître mais ils ne sauraient faire oublier le besoin d’une démarche de concertation permanente et de prise en compte des avis des uns et des autres. Notamment nous tenons à ce que nos concitoyens soient informés des évolutions de ce projet, comme nous tenons à l’être aussi, je pense que cela coule de source. C’est parfois aussi bien en le disant.
Nous relevons avec satisfactions les animations, rencontres, outils de communication conçus autour de ce vaste chantier. Il va cependant falloir intensifier cette démarche de concertation véritable, quitte à réduire la voilure de la communication et d’animation – fut-elle artistique et culturelle – pour aller davantage vers l’information et l’implication de la population, notamment pour répondre à des évolutions préoccupantes que l’on nous a récemment relayées.

Notamment, les tours EDF construites par l’atelier Montrouge, classées monument historique, étaient destinées à accueillir du logement en accession et du logement social. Il semble aujourd’hui que cet ensemble à taille humaine, très bien situé, n’accueillera plus de logement social. Pourquoi n’en avons-nous pas été informés en commission urbanisme ? S’il doit devenir un futur bien de luxe, appartenant pour le moment à la SADEV, peut-on savoir qui sera chargé de sa commercialisation ?

D’autre part, lors du dernier comité de pilotage « élargi et partenarial » autour d’Ivry-Confluences avec la SADEV, le Département et la Région, nous avons appris que certains projets d’aménagement comme la construction de bureaux sur les terrains RFF, la création du nouveau pont entre Parmentier et Jean Jaurès ainsi que l’agrandissement de la gare étaient remis en cause. En tant que délégué en charge des collèges, je suis particulièrement sensible aux annonces dont j’ai eu vent à propos du futur collège qui ne permettrait plus la fermeture de Politzer. En effet, l’annulation de construction de cette passerelle remettrait en cause la sectorisation actuelle. Nous sommes troublés de l’absence d’information et d’association de la communauté éducative pour faire face à ces évolutions majeures.

Ces informations qui ne circulent pas auprès de l’ensemble des élus nous interpellent. L’arrêt de tels projets pourrait menacer l’équilibre financier de notre ZAC dans son dimensionnement actuel et la philosophie même de certaines orientations municipales.

Nous exigeons sur ces points d’obtenir des explications et que celles-ci soient largement partagées avec tous les Ivryens !

C’est d’autant plus important qu’il est fait état d’un taux d’effort de notre ville de plus de 70% sur la totalité du financement « public » d’Ivry-Confluences qui pèse plus de 20% d’une opération qui dépasse les 700 millions d’euros. Cela représente donc pour notre ville une centaine de millions d’euros.

Les premières recettes commencent à affluer en 2012 avec l’opération Quai aux grains mais les dépenses s’accumulent aussi avec les ressources mobilisées pour l’acquisition foncière et la multiplication d’études en tout genre, apparemment nécessaires à la bonne marche du projet.
Viendront ensuite les dépenses pour la construction des équipements publics, qui seront très importantes. Si on en croit les éléments qui nous ont été remis, la trésorerie de la SADEV 94 est excessivement tendue en début d’opération. Nous sommes également informés que des financements ont été perdus en cours de route, notamment des subventions européennes du FEDER.

Avons-nous mesuré le risque pour notre commune de contribuer financièrement au projet encore plus qu’elle ne le fait déjà ? Et, le cas échéant, comment nos finances pourraient nous le permettre sans rogner sur la qualité de nos services publics, ni augmenter de manière dangereuse notre endettement ?

Nous ne pourrions imaginer que l’avènement du Grand Paris Métropole soit le bouc émissaire des failles génétiques et structurelles de la ZAC Ivry-Confluences que nous portons à présent.

Enfin, nous souhaitons aborder en clarté un point assez grave. Par différents canaux médiatiques et associatifs, on entend dire que les conditions dans lesquelles se fait le rachat des biens des Ivryens destinés à la démolition sont notoirement insatisfaisantes.
En commission d’urbanisme, on nous a expliqué qu’effectivement, les prix proposés au rachat à l’amiable par la SADEV ou la ville étaient très en dessous du marché (de l’ordre de 40 à 60% en-dessous, tout de même) afin de garantir des prix maîtrisés à l’achat dans les futures constructions, à destination notamment des Ivryens.

Pourtant, il s’avère que certains propriétaires seraient dans l’impossibilité de le rester dans des conditions comparables dans le neuf qu’on pourrait leur proposer. Pour l’instant, 28% des propriétaires occupants seraient relogés.

Deux questions sont donc soulevées : Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de charte de relogement mise en place, un an après le début du projet ? Et je pense utile de préciser, de véritable charte, pas un nouveau texte dénué d’effets. Quelles sont les possibilités pour la Ville de reloger nos concitoyens sans les spolier ?

Que doit-on donc penser des critiques exprimées par une association comme Ivry sans toi(t) qui évoque la multiplication des arrêtés de péril, des négociations menées sur une base inégalitaire entre les parties, ou encore l’absence de garanties sérieuses pour les habitants voire l’irrespect du code de l’expropriation ?

20130902_182056Ces questions sensibles sur lesquelles il convient de ne pas faire de mauvaise politique, ne sont ni naïves, ni polémiques. Nous tenons simplement à ce que les élus de cette assemblée, et a fortiori ceux de notre groupe, aient en main l’ensemble des informations nécessaires pour remplir leur rôle auprès des habitants et bien entendu les représenter au mieux.

En soutenant jusqu’à présent avec détermination ce projet de ZAC, nous avons voulu faire d’Ivry un fer de lance d’une politique publique durable, mixte, moderne et dynamique.

Nous nous refusons à conditionner la réussite du projet à un calcul utilitariste qui supposerait l’éviction de certains de nos concitoyens.

Un dernier point doit être abordé et j’en resterai là. Il a été prévu de maintenir au sein de la ZAC un grand nombre d’activités économiques, et pas seulement tertiaires.

Nous n’avons pas visiblement encore trouvé la solution équilibrée pour faire vivre ensemble ces différentes activités au sein d’Ivry-Confluences mais la démarche nous semble pertinente.

Nous avons entendu en commission, et lu dans certains documents, la volonté de permettre – comme pour les habitants – aux entrepreneurs Ivryens concernés par le projet de retrouver une place dans les nouveaux espaces.
A ce titre, ils sont accompagnés par la CCI 94 qui a une convention avec notre aménageur et semble faire du bon travail.

Nous n’avons aucune idée par contre du type d’activités ou encore de la nature des filières qui seront maintenues en priorité et de celles qui seront invitées à aller voir ailleurs. Soucieux de l’égalité de tous face à la puissance publique, comme vous le savez, nous souhaitons une plus grande transparence Nous avons bien compris que des critères avaient été établis (nombre d’emplois, innovation, etc.) et que certaines entreprises n’auraient de toutes façons pas les ressources pour supporter le choc de la mutation. Mais nous aimerions savoir, clairement, qui sera amené à partir et qui sera amené à rester.

Nous aspirons aussi à obtenir des clarifications sur la plateforme immobilière Charles-Foix qui semblait être en 2010 une excellente idée jusqu’à ce que nous nous rendions compte qu’au lieu d’être une délégation de service public, elle allait devenir une coûteuse régie et que la construction avait été commencée sans aucun engagement solide pris avec les entreprises qui pourraient vouloir s’y installer.

Sans obtention des réponses à nos légitimes interrogations, exprimées ce soir très clairement, au moins pour l’avenir, nous serons amenés à remettre en cause notre soutien plein et entier à ce vaste projet à l’avenir.

Ce que nous ferions avec regrets, croyez-le bien.

Je vous remercie de votre attention.

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