Intervention de Denis Mercier sur le Plan Local d’Urbanisme – Conseil municipal de Décembre 2013

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Monsieur le Maire, chers collègues, Mesdames et Messieurs,

La longue démarche d’élaboration de notre nouveau plan local d’urbanisme, initiée en 2008, est en train d’aboutir ce soir. L’enquête publique a eu lieu et les différentes personnalités publiques associées ainsi que les habitants ont eu la liberté d’exprimer leurs points de vue, même si la complexité de ce dossier rend difficile une véritable appropriation pour les non-initiés.

Il revient désormais à notre Conseil d’approuver ou non le dossier de révision qui a reçu, cela a été rappelé, un avis favorable de la commissaire-enquêtrice tout comme d’ailleurs la modification des périmètres de protection des monuments historiques.


Nous avons déjà eu l’occasion d’exprimer nos points de désaccord quant à certaines parties du règlement du PLU qui entrera prochainement en vigueur. Nous n’avons pas été étonnés de les retrouver presque tous parmi les remarques des habitants et de certaines personnalités publiques associées. La Ville répond habilement et se plie sans coup férir au pur contrôle de légalité.

Nous tenons cependant à réaffirmer trois réserves importantes.

Les élus socialistes ont toujours considéré qu’il existait un sérieux problème de stationnement à Ivry-sur-Seine, teinté d’inégalités de traitement entre quartiers voire entre habitants. Les normes fixées par le nouveau PLU sont à ce titre insuffisantes pour répondre aux préoccupations des Ivryens sur un sujet qui touche leur quotidien. En effet, malgré les réticences affichées dans le rapport de révision, la Ville fait le choix d’un mode de calcul a minima et différencié entre constructions privées et logements sociaux, ce qui ne peut qu’aggraver fragilités et inégalités. De même, elle refuse de prendre en compte des inquiétudes similaires de la Chambre de commerce qui estime que les seuils minimaux fixés pour les activités commerciales devraient être révisés.
Nous sommes donc circonspects face à ces choix et à la proposition formulée par la Ville de mettre en place des indicateurs pour faire évoluer le PLU si nécessaire. Lorsque les logements seront construits avec un nombre insuffisant de places de parking, comment ferons-nous pour corriger le tir ?

En ce qui concerne les espaces verts, ce sont avant tout les habitants qui ont fait part de leurs préoccupations. (Il est d’ailleurs dommage que leurs avis ne figurent pas dans le rapport de synthèse). Entre autres mesures, la volonté de limiter l’emprise des nouveaux bâtiments au sol afin d’y installer de la verdure est louable mais nous restons en deçà des objectifs fixés par le Schéma directeur de la région Île-de-France en terme de m² d’espace vert par habitant. Plus troublant, le futur parc de la Confluence semble être à géométrie variable… Et quid de l’usine CPCU qui se trouve sur son emplacement ? Une convention prévoyant son démantèlement en 2025 a bien été signée mais cette installation très importante pour la CPCU va bientôt être rénovée pour passer du fioul au gaz, ce qui semble contradictoire. Pourtant, vu la densité actuelle d’Ivry et son taux d’espaces verts en deçà des préconisations, aucune concession ne doit être faite sur ce point.

Nous comprenons bien qu’Ivry fait le pari de la densification dans le respect des normes urbanistiques en vigueur. Nous trouvons d’ailleurs que la Ville a produit de bons arguments sur la question des hauteurs de bâtiment. Cependant, nous tenons à tirer la sonnette d’alarme quant à la saturation de nos équipements publics. Entre le moment où une école est programmée et le moment où elle est mise en fonction, le dimensionnement sur lequel nos services ont travaillé est devenu caduque (risque de débordement). Les équipements sportifs sont surchargés, l’offre culturelle suit difficilement. Les crèches restent aussi en nombre très insuffisant. Nous appelons solennellement à une remise à plat de la programmation urbaine et à un changement d’approche qui conduise à veiller aux capacités d’absorption de nos services publics avant même de continuer à construire. Tâchons de trouver des solutions innovantes pour que les Ivryens respirent mieux. Faisons en sorte que densification ne devienne pas synonyme d’étouffement et de réduction de la qualité du service public.

Ces questions seront à l’avenir traitées dans le cadre de la métropole du Grand Paris qui permettra d’avoir une autre vision, espérons-le, de l’espace urbain, à une échelle pertinente, pour mieux répartir les efforts, réduire les inégalités face à l’environnement immédiat et permettre le bien-vivre auxquels nos concitoyens aspirent, en lien avec les enjeux d’environnement et de transport. Nous serons ainsi probablement amenés à réviser notre PLU et donc à rouvrir certaines discussions… (L’affaire n’est pas finie Monsieur le Maire).

En guise de conclusion, une idée simple : un PLU est avant tout un outil au service d’une politique urbaine. Je tenais à saluer dans tous les cas le travail des services et la disponibilité de Romain Marchand pour rendre ces travaux lisibles.

Nous approuvons cette délibération dans la continuité de nos précédents votes mais nous appelons à une véritable réflexion sur l’urbanisme de notre ville et ses évolutions. Je pense ici à la manière imparfaite dont nous associons les citoyens à nos projets urbains à l’instar d’Ivry-Confluences ; à la responsabilité qui est la notre dans l’asphyxie du centre-ville et qui n’est jamais abordée franchement entre nous ; au rôle de la ville dans le pilotage des grands chantiers d’urbanisme, y compris et même a fortiori quand elle en délègue le portage.
Je pense par exemple à la SADEV, dont nous sommes largement caution, alors qu’elle souffre d’un important endettement et de certains problèmes de gestion. Cette entité ne devrait d’ailleurs pas, au regard de son positionnement et de ses intérêts, traiter directement avec les populations sur le rachat de leur bien sans un cadre et une interface sous contrôle direct de la municipalité. Une politique urbaine qui permette de construire la ville pour et avec ses habitants, qui garantisse à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir rester vivre à Ivry et qui fasse de la mixité, de la qualité de vie et du respect de l’environnement non plus des incantations mais une réalité. Voilà ce à quoi nous aspirons.

Je vous remercie.

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