Intervention de Sandrine BERNARD sur les rythmes scolaires – Conseil Municipal de Janvier 2014

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Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Avant toute chose, je tiens à dire que je suis particulièrement attentive à cet intérêt inédit des élus et citoyens pour les enjeux éducatifs et à l’ampleur de la mobilisation autour de cette réforme. Quand bien même les échanges sont parfois vifs et les divergences profondes, jamais notre société n’avait autant parlé d’éducation et ne s’était autant préoccupée du sort de ses jeunes générations. En cela, la refondation est déjà en marche.

Dans la mesure où je ne sais pas si je serai encore parmi vous lors du débat qui aura lieu sur la mise en place de cette réforme, reporté à avril prochain, je vais profiter de votre vœu, cher Serge Aberdam, pour tenter de vous faire partager la force de ma conviction.


Notre système éducatif est à bout de souffle. Les résultats des élèves ne s’améliorent pas et, plus grave encore, les écarts sociaux se reproduisent, voire se creusent. Face à cet échec dans la transmission des compétences, l’acquisition des savoirs et l’émancipation intellectuelle et sociale, il était donc urgent de s’interroger sur les modalités d’une refondation – et non pas d’une énième rustine – de l’école de la République. La Loi adoptée le 8 juillet 2013 porte en elle les fondements d’une réforme douce mais profonde. Elle porte sur les programmes ; la formation, initiale et continue, des enseignants ; les moyens en personnel ; la politique d’éducation prioritaire, qu’on a enfin osé évaluer ; les passerelles entre le primaire et le secondaire, pour prévenir le décrochage et améliorer le suivi des élèves ; les parcours sportifs et culturels ; les méthodes pédagogiques, avec notamment l’entrée dans l’ère numérique. Dans le contexte budgétaire actuel, c’est un effort exceptionnel de la Nation qui est réalisé, pour la refondation de notre école, pour offrir aux enfants une meilleure qualité d’apprentissage. Cet effort nous engage. C’est un véritable pari qui est fait sur l’avenir pour une école plus juste, plus efficace et plus fraternelle. On peut jouer les Cassandre ou les « monsieur plus ». Pour ma part, il me paraît irresponsable de jouer l’échec de cette refondation, au nom d’intérêts très éloignés de ceux de nos enfants.

La question qui nous est posée par Serge Aberdam concerne plus spécifiquement les rythmes scolaires. Comment en est-on venu à les réinterroger ? Les éducateurs et chrono-biologistes sont partis du constat que nos élèves sont exposés à périodes d’apprentissage longues, concentrées sur quatre jours par semaine. Les phases d’exposition aux apprentissages sont mal réparties et mal supportées par les enfants. Il en découle une dégradation de l’accès aux savoirs et des chances de réussite. Chacun sait par ailleurs que ce sont les enfants les plus fragiles qui pâtissent le plus de cette mauvaise organisation du temps scolaire, contribuant à renforcer les inégalités là où l’école devrait les réduire.

Pour mémoire, la suppression du samedi matin et la mise en place de la semaine de quatre jours en 2008 avait été clouée au pilori par tout le monde. Dans cette ville comme partout, nous avions réclamé à cors et à cris le retour de la semaine de cinq jours.

C’est pourquoi, avant même les élections présidentielles de 2012, une grande réflexion a été lancée au plan national pour faire suite aux alertes émises par l’académie de Médecine et divers spécialistes qui s’inquiétaient de la bonne santé des enfants. François Hollande a été élu en inscrivant cette réforme dans son programme. La concertation qui a suivi, largement suivie, quoi qu’on en dise, a confirmé cette orientation. Aujourd’hui transcrite dans la Loi, il convient de l’appliquer en nous donnant les meilleurs moyens et les plus grandes ambitions. Nous l’avons voulu, nous l’avons obtenu : le retour à une meilleure organisation du temps scolaire, pour améliorer les conditions de réussite de tous les élèves. Pas forcément dans les conditions souhaitées, mais l’essentiel est là.

Que dit précisément le décret relatif à cette réforme : il faut dorénavant répartir les 24h d’enseignement, sur 9 demi-journées au lieu de 8. Cela, on ne peut y déroger. Il spécifie par ailleurs que la durée horaire quotidienne ne doit dépasser 5h30 et 3h30 maximum par demi-journée. A cela, il est possible de déroger à des conditions spécifiques, argumentées et définies au sein d’un Projet éducatif de Territoire.

L’objectif premier de la réforme est bien celui d’alléger la journée scolaire de l’élève et ainsi de favoriser son exposition aux apprentissages, en répartissant ces 24h d’enseignement aux moments les plus propices, notamment le matin.

J’entends dire à droite, à gauche, qu’on aurait pu aller encore plus loin et revoir l’année scolaire en amputant sur les vacances. Oui, sans doute ! Mais permettez-moi d’être sceptique au vu des réactions des personnels de l’Education nationale lorsqu’on annonce que la rentrée scolaire aura lieu le 30 août en 2015. Je considère, comme beaucoup, que cela aurait compromis dès le départ l’acceptation de la réforme.

J’entends dire aussi qu’on aurait dû imposer les mêmes horaires à tous, à l’échelle nationale : cet argument donne d’ailleurs du grain à moudre à ceux qui veulent brocarder la fameuse « territorialisation de l’école publique ». C’est un faux-débat ! Les horaires divergeront très peu puisque le cadre est strict. Nous même avons travaillé à un scénario qui conduisait à s’en éloigner, nous nous sommes vus opposer un refus. Ce sont bien, et cela a toujours été, les villes qui fixent les horaires scolaires sur la base d’un décret national fixant le cap. Il y aura, comme il y a toujours eu, des différences d’horaires, le matin, le midi, le soir, entre communes. Depuis la fondation de l’école de la République, publique, gratuite et laïque, sous Jules Ferry, l’école est intrinsèquement liée à son territoire. Ce lien sortira renforcé de cette réforme.

Car au-delà du temps d’enseignement, la réforme dite des rythmes scolaires touche à tous les temps de l’enfant. En cela, elle constitue une réforme éducative de fond, prenant l’enfant dans sa globalité et sa complexité.

A ce titre, nous sommes invités à profiter des temps qui sont libérés d’enseignement pour proposer, toujours dans cet objectif de réduire les inégalités, des activités diversifiées auxquelles tous les enfants pourraient avoir accès.

A ce titre également, elle mobilise à l’échelle du territoire l’ensemble des acteurs qui interviennent tout au long du parcours d’un enfant, pour sa réussite scolaire mais aussi pour son épanouissement et dans sa vie quotidienne. Il s’agit là d’une véritable opportunité de renforcer à l’échelle de la ville l’esprit de coéducation que le Projet Educatif Local a depuis 3 ans tenu à faire partager, mais surtout au sein de chaque établissement scolaire, de travailler ensemble, entre éducateurs, pour l’harmonie, l’articulation, la cohérence des temps et des contenus, dans le souci de renforcer le bien-être et l’égalité de tous. Il s’agit bien de mutualiser notre action éducatrice, celle des enseignants, celle des collectivités, par le biais de leurs animateurs ou agents techniques.

C’est pourquoi nous avons tenu à organiser à Ivry, comme dans de nombreuses villes en France, une concertation large, ambitieuse et ouverte, dont je crois pouvoir dire qu’elle a été réellement constructive et riche.

Il en découle un certain nombre d’enseignements qui aujourd’hui s’imposent à nous. Certes, le scepticisme est grand. Cette réforme arrive trop vite, trop tôt, trop fort ; et surtout elle ne permet pas de répondre aux autres attentes très fortes de la communauté enseignante, le retour des rased, la réduction des effectifs par classe, la refonte des programmes. Mais au-delà d’une forme d’opposition, par ses revendications, ses inquiétudes, sa mobilisation, la communauté scolaire nous a fait part de sa très grande attente quant à la manière et aux modalités de sa mise en œuvre à Ivry. Parce qu’au-delà des principes, c’est la vie quotidienne, les conditions d’exercice et de travail et surtout le bien-être et la réussite des élèves qui sont en jeu. Les professionnels de l’éducation de nos enfants n’accepteront pas de réforme a minima.

Ivry est une ville de culture, de loisirs, une ville qui a été pionnière et volontariste en matière scolaire. Nous bénéficions de ressources nombreuses à mobiliser pour remplir ce défi. Ne restons pas sur nos acquis et donnons aux jeunes générations, le meilleur de nous-mêmes !

Vous vous en douterez, le groupe socialiste votera contre ce vœu.

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