Après l’attentat terroriste du 16 octobre, une nécessaire prise de conscience.

Vendredi 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, a été harcelé, traqué, puis décapité, parce qu’il avait fait un cours sur la liberté d’expression en illustrant ses propos à l’aide des caricatures de Mahomet, issues du journal satirique Charlie Hebdo, à ses élèves de 4e.

Un père de famille, lié à l’islamisme radical, avait organisé un mouvement de haine sur les réseaux sociaux, révélant son nom et ses coordonnées, le jetant ainsi en pâture à n’importe quel fanatique.

Cet acte barbare est odieux, parce qu’il attaque un symbole, l’éducation par l’école, celle-là même qui a pour mission d’instruire, d’éclairer les esprits, d’éveiller les consciences, de produire des citoyens libres et égaux.

Cet acte barbare est ignoble dans sa forme, par la violence et la sauvagerie de la décapitation et l’abjection de la diffusion de la vidéo exhibant sa tête comme trophée.

Cet acte est inqualifiable. Et pourtant, il faut le qualifier. Il n’est pas le dérapage d’un déséquilibré. Il est le fait d’un Islam radical, politique, constitué d’hommes et de femmes qui, au nom d’une certaine doctrine sectaire de leur religion, se font les ennemis irréductibles de notre République. Ils veulent détruire les principes autour desquels nous tentons de faire société, pour imposer leur obscurantisme, par la terreur, la division et l’intolérance.

Après les attentats de 2015, la prise de conscience d’une menace intérieure, nous avait fait dire : « plus jamais ça ! ». Et pourtant, nous avons continué à vivre, cherchant, à croire que ce mal pouvait être réduit par la bienveillance et la compréhension.

C’était faire erreur. Une certaine lâcheté, un aveuglement ou une naïveté, nous ont conduits à ignorer les signes du développement, du renforcement de cet islam radical sur notre territoire et à ne pas mettre en œuvre les moyens nécessaires à le combattre.

Pire, ces mêmes comportements nous ont conduits par endroit à reculer, à accepter des accommodements, sur nos valeurs, pensant ainsi amadouer et apaiser certaines sensibilités, en réalité en faisant le lit de ces intégrismes. Reculer sur l’abécédaire de l’égalité. S’autocensurer face aux remises en cause de nos enseignements et de nos droits fondamentaux, dont celui de blasphémer. Fermer les yeux sur les agressions à l’égard de nos institutions républicaines.

En nommant clairement ce mal, en le définissant, l’enjeu est double : en distinguer précisément les ressorts, le circonscrire et éviter ainsi tout amalgame avec les musulmans qui sont les premières victimes de ces fanatiques. Cette secte embrigade les plus faibles et joue sur la confusion entre ce qui relève du combat contre le racisme et les discriminations d’une part et ce qui relève du combat contre une idéologie destructrice, intolérante et régressive d’autre part.

Opposer foi et liberté d’expression est une manipulation, faisant son miel sur l’ignorance et la colère. Au contraire, la République protège les croyances et pratiques religieuses, mais aussi le droit de ne pas croire. La République apporte à chacun d’entre nous la garantie, quelles que soient nos origines et nos opinions, d’être égaux devant la Loi et de bénéficier de la neutralité de l’administration publique, ne favorisant aucune croyance ni aucun culte. Elle protège nos enfants, dans le milieu scolaire, de toute influence ou prosélytisme.

Le combat contre les inégalités sociales, que nous, militants de gauche, avons, chevillé au corps, ne peut se désunir d’un engagement profond et sans réserve pour l’émancipation, la connaissance et la liberté, aux antipodes de ce que prône l’intégrisme islamiste.

L’hommage de la nation à ce professeur doit s’accompagner d’une large prise de conscience.

D’abord en soutien au corps enseignant dans sa mission, au service du savoir, de l’ouverture d’esprit et de la liberté, qui doivent pouvoir exercer sans crainte.

Au-delà de l’école, la République doit réinvestir tout le champ associatif et des services publics, sur tous les territoires, ne laissant aucun espace à cette idéologie obscurantiste et donner les moyens à tous ses représentants de remplir leurs missions.

Ensuite en prenant les dispositions juridiques, financières et internationales, pour encadrer et sanctionner pénalement les dérives des réseaux sociaux, trop souvent le théâtre de harcèlement, d’appel à la haine, d’apologie du terrorisme, de contre-vérités et de théories complotistes et sectaires.

Enfin en identifiant, interdisant et empêchant de nuire tout individu ou toute organisation qui exprime ou relaie ces appels à la haine et prône la soumission à une doctrine religieuse qu’ils estimeraient supérieure aux Lois de la République ; et en mettant fin à tout sentiment d’impunité et à toute tentative d’intimidation.

La République doit être intraitable.

Nous, socialistes d’Ivry, rendons hommage à ce professeur et manifestons notre compassion à sa famille meurtrie, ainsi qu’à toute l’équipe éducative qu’il l’entourait et aux élèves de ce collège. Nous nous associerons à toutes les actions de promotion de la liberté de conscience et d’expression et serons aux côtés des enseignants et des acteurs éducatifs pour les soutenir dans leur mission, pour lutter contre toute forme de censure ou atteinte à la laïcité à l’école de la République. Nous attendons une action claire et ferme de la municipalité en matière de respect de la laïcité et en prévention des dérives sectaires et communautaristes. Et ce faisant bien sûr, nous sommes toujours Charlie !

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