Coop Coteau : A quoi sert l’argent public ?

Afin de soutenir de nouvelles formes d’accession sociale à la propriété, la municipalité a initié différents projets d’habitat participatif. En tant que groupe socialiste, nous avons soutenu et continuons à soutenir cette démarche.

L’un des premiers programmes du genre à Ivry-sur-Seine, initié dès 2016, s’appuie sur un montage coopératif entre la ville d’Ivry, le crédit coopératif et une société civile coopérative de construction. Cette S3C coop coteau regroupe 10 familles, impliquées dès la conception du projet dans sa construction et sa gestion. Confiée à la Scop Atelier 15 Ivry, cette opération qui s’est appuyée sur la mise à disposition du terrain par la ville, une TVA à 5,5% et une aide de l’ANRU, au regard de sa vocation sociale et innovante, tel que présentée au conseil municipal, permet à ses coopérateurs de bénéficier de logements en duplex, à un prix de 2 900 € TTC le m2, pour un prix du marché de plus de 6 000 € le m2 dans le quartier.

Peut-être est-il utile, pour bien comprendre la suite, de préciser que parmi les coopérateurs ayant participé à ce montage figurent la conseillère départementale et plusieurs cadres municipaux ou du parti communiste, dont il reste à démontrer qu’ils correspondent aux orientations sociales du dispositif, et que l’atelier 15 appartient à un ancien élu majoritaire, M. Costes, lequel se prévaut dans un journal spécialisé de « virusser » le territoire d’Ivry, par la prolifération « d’un public à fort capital culturel, syndical et politique » (cf article ci-joint)

Atelier 15 – Retour d’expérience Coop Coteau

Or, ce projet, évidemment présenté sous son angle idéologique le plus séduisant, comme alternative à la spéculation, est en réalité depuis son lancement en 2016, vécu comme un calvaire pour certains riverains et semble poser de nombreuses questions aux contribuables que nous sommes tous.

Malgré plusieurs recours, plusieurs alertes et une pétition, de la part des habitants du quartier, auprès des différents membres de l’exécutif municipal, aucune réponse n’a été apportée. Les visites d’expertise des bâtiments jouxtant le chantier n’ont pas été faites et les dommages provoqués sur les biens mitoyens restent sans réaction, ni prise en charge. Les nuisances liées au chantier n’ont été accompagnées d’aucune concertation ni accompagnement, les hauteurs et dimensions des constructions affectent les conditions d’occupation et génèrent des pertes de jouissance considérables qui n’ont jamais fait l’objet de la moindre négociation ni du moindre dédommagement.

La sente censée être construite et restituée à la ville pour relier les rues Antoine Thomas et René Villars, ayant justifié l’adoption d’un prix de cession du terrain de 252 € le m2 nu, est de qualité tellement médiocre qu’un arrêté de péril est apposé dessus depuis sa construction. Aucune date-butoir de restitution n’a d’ailleurs été fixée ou annoncée par la ville.

Par cette opération, le Maire fait bénéficier à ses camarades d’avantages financiers conséquents, adossés à de l’argent public, avec des contreparties discutables et une réalisation contestable. Il appartient à la justice de qualifier juridiquement la légitimité de ces conditions et de réparer leurs conséquences.

Mais sur le plan politique, le constat est sans appel : ce projet permet au maire de  se prévaloir du soutien à une troisième voie pour habiter autrement et d’une lutte active contre la spéculation, mais quand il y a des désordres pour les riverains, des manquements aux obligations d’ordre public, il se dégage de toute responsabilité, l’opération étant portée par des intérêts privés. C’est un fonctionnement davantage digne du capitalisme, que du communisme : « je privatise les profits, je mutualise les pertes… ». En réalité, il participe à la gentrification de la ville en permettant à des catégories CSP+ de se loger, dans l’entre-soi, à des tarifs défiant toute concurrence. Les victimes passeront au registre des pertes et profits, comme cela le fut déjà à chaque opération d’urbanisme (Ivry confluence, Jeanne Hachette), l’intérêt supérieur de l’opération et des bénéfices politiques qu’elle promet primant sur les bas intérêts particuliers des habitants éjectés ou impactés par ces chantiers.

Précisons que ces victimes ne sont pas de vils spéculateurs. Dans ce cas précis, d’un côté, Josepha « Fina » Arte, au 43 quater rue Antoine Thomas, assistante maternelle en retraite, vivant dans une petite maison dont les murs et fondations sont dégradés par les constructions de la coop coteau, qui est en attente depuis 2016 tout simplement d’un contact, c’est-à-dire de la plus élémentaire civilité, et qui n’a pas les moyens d’un recours. Outre les dommages subis sans réparation, elle va voir sa petite maison plongée dans le noir, à mesure que le projet s’élève (R+3), en mitoyenneté directe de sa maison. De l’autre côté, Arthur Adda a vu son mur de maison s’effondrer, cédant sous le poids des gabions mal réalisés et accolés à sa maison. Là encore aucun dédommagement n’a été donné pour la reconstruction de ce mur, et la Ville n’a, à aucun moment, joué le moindre rôle de médiation. Arthur Adda est en procès avec la Coop Coteau.

Mais enfin ! La ville étant à l’origine de ce projet et y ayant largement contribué, elle a une responsabilité dans la conduite de l’opération et le contrôle du respect des règles d’urbanisme. Et les personnalités publiques bénéficiaires de cette opération, élues, devraient veiller à adopter un comportement plus bienveillant envers les administrés de cette commune, plus respectueux envers les comptes publics. Elles devraient être d’autant plus irréprochables qu’elles portent la responsabilité de l’exemplarité en se présentant au suffrage de nos concitoyens.

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