Désertification médicale : notre ville peut sortir de l’urgence !

L’inertie de la municipalité en matière de tests de dépistage et de vaccination lève une fois de plus le voile sur la situation de la santé à Ivry.

Chacun peut le constater : il est de plus en plus difficile d’obtenir un RV avec un médecin, les délais d’attente sont trop longs ; certaines spécialités ne sont plus représentées dans notre commune ; c’est parfois un parcours du combattant de faire face à ses besoins médicaux, ce qui conduit à des renoncements, en particulier pour les plus précaires.

Concrètement, Ivry compte une offre de soin de premier recours significativement inférieure à celle du département et du pays, tant en termes de médecin généralistes que de kinésithérapeutes, infirmiers, dentistes, sages-femmes,… Ce qui nous a valu d’être classés en Zone d’intervention prioritaire en mars 2018. 31 médecins généralistes avec une moyenne d’âge supérieure à celle de l’Ile-de-France (56 ans), ce qui ajoute une crainte liée aux remplacements des départs en retraite à venir. En 10 ans, le nombre de généralistes a diminué de 38% et cela risque de se poursuivre, voire de s’accentuer. Pour une population dont le niveau de précarité est important, accentué par certaines caractéristiques sociales (monoparentalité, personnes isolées), les conséquences de cette situation sont très préoccupantes.

Ce phénomène n’est pas inéluctable.  Il faudrait commencer par accepter de travailler tous ensembles.  A Ivry, les professionnels de santé qui n’appartiennent pas au personnel communal sont isolés. Bien qu’exerçant un métier d’intérêt public et proposant un service de première nécessité, il ne saurait être question pour la municipalité communiste de soutenir ou de s’associer à des professions « libérales ». Sans en avoir l’air, tout est fait pour décourager leur installation ou maintien dans la ville : refus de leur faire bénéficier du stationnement gratuit quand ils se déplacent pour les besoins de leurs patients, malgré leur caducée, aucune action de soutien à l’installation, aucune coordination leur permettant de coopérer au service de l’accès aux soins, de la prévention et de la facilitation du parcours de soin des administrés.

Pourtant, Ivry dispose de tous les atouts pour être attractive et même pionnière. Son emplacement, son développement urbain, ses ressources sont des leviers évidents pour attirer de nouveaux professionnels.

Son centre municipal de santé est une fierté. Il dispose des compétences et de la structure qui lui auraient permis de répondre aux besoins en termes de dépistage et rendent possible la mise en place d’un centre de vaccination. Il est le socle pertinent pour élaborer un véritable projet de santé à l’échelle du territoire, en articulation avec tous les acteurs de la santé, autour de la prévention, la promotion de la santé et l’organisation des soins.

Mais le centre de santé, ce ne sont pas que des murs à entretenir et à embellir ; ce sont aussi des personnels de santé à payer à un prix correspondant au marché et dont il faut savoir attirer les compétences.

De plus, il ne peut pas répondre seul aux besoins de toute la population. Au-delà, la ville a la chance de bénéficier d’une richesse de dynamiques territoriales, comme par exemple l’initiative du pôle de santé Ivrymed. Celle-ci a été portée par 2 professionnelles d’Ivry, qui, attachées à leur ville et ne souhaitant pas regarder impassibles la situation se dégrader, ont mené un combat exceptionnel et remarquable pour ouvrir un centre de santé dans le quartier Monmousseau. Celui-ci a été, tout juste après son ouverture, agréé centre covid pendant le premier confinement. Il répond aujourd’hui aux besoins de tout un quartier, en général délaissé.

Il faudrait 3 autres centres comme Ivry med, en plus du CMS pour sortir du niveau le plus élevé de carence médicale dans lequel nous nous trouvons. Or, ce projet a coûté à la ville la modique somme de 50 000 €, qu’elle a donné à contrecœur. Somme tout à fait absorbable pour le budget communal, même en l’abondant.

Sans la moindre publicité ni le moindre relais de la commune, mais grâce à son projet et sa détermination, Ivrymed a réussi à faire venir des professionnels extérieurs et ainsi a amélioré l’offre de soin locale, soutenu en particulier par l’ARS, Agence régionale de santé.

Imaginons quelles réponses pourraient être construites si la municipalité prenait à bras le corps cet objectif de sortir de la désertification !

La désertification médicale n’est pas une fatalité. Ivry peut, et doit, répondre aux besoins de sa population et se montrer digne de son statut de ville de 60 000 habitants. Alors, quand est-ce qu’on s’y met ?

Sandrine Bernard

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