Lettre à Vincent Peillon, Ministre de l’Education Nationale

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A Vincent Peillon

Ne plaçons pas l’avenir de nos enfants au cœur de jeux politiciens.

Les différentes postures prises ces derniers temps par les élus communistes et républicains du Val-de-Marne tout comme par certains maires de Droite sur les rythmes scolaires nous interpellent.
Nous sommes surpris de voir se manifester autant d’impatience de la part de certains Maires du département alors que la politique éducative de la France est une exception dans l’union européenne.

Nombreux sont les pays européens où les conditions d’enseignements pour les enfants ou de travail pour les enseignants se détériorent. Or, la France a stoppé depuis mai 2012 la politique de réduction d’effectifs et de restriction budgétaire dans l’éducation.

Votée au parlement au printemps par l’ensemble des groupes de gauches et progressistes, la loi de refondation de l’école commence à se concrétiser sur le terrain.

Les recrutements pour créer les 60 000 postes annoncés sont en cours :
– Le nombre de postes ouvert pour le concours de recrutement des professeurs du second degré a augmenté de 25%
– Le nombre de postes ouvert pour les conseillers d’orientations (COP), conseillers principaux d’éducation (CPE) ou de professeurs d’EPS a augmenté de 20%
– Le nombre de postes ouvert pour le concours de professeurs des écoles est en hausse 70%


Le président s’est également engagé à rétablir des postes en RASED (réseau d’aides spécialisées) notamment en ré-ouvrant la formation spécialisée pour les enseignants.

En parallèle, le conseil supérieur des programmes, détruit par la Droite, est crée avec pour mission de proposer des programmes à la hauteur des enjeux éducatifs et sociaux portés par la loi de refondation sur l’école.

Enfin, les écoles supérieures de l’éducation, évolution des IUFM, détruits par la Droite tout comme la formation initiale des enseignants, ont vu le jour pour transformer les pédagogies et mieux former les différents personnels éducatifs.

Priorité du candidat Hollande, la jeunesse est au cœur des politiques de l’Etat, la réforme est en cours de réalisation et cela prend du temps !

Sur les rythmes, cessons la désinformation, cela n’honore ni ceux qui la véhiculent ni ceux qui y prêtent foi.
Il y a eu concertation nationale, large et approfondie, dès avant l’arrivée de François Hollande au pouvoir ; elle s’est approfondie après sa prise de fonction, comme il s’y était engagé. Elle a réuni les principaux syndicats enseignants, les acteurs de l’éducation populaire, les acteurs locaux de l’éducation et de la réussite éducative, la FCPE et les communes représentées par l’AMF et le réseau des villes éducatrices notamment.

L’effort demandé aux collectivités est considérable. Néanmoins, L’AMF a donné son accord à la semaine de 4,5 jours, considérant que celle-ci est favorable aux rythmes de l’enfant et à la réussite scolaire. L’AMF a demandé au premier ministre d’avancer sur plusieurs points : création d’un comité de suivi et d’évaluation budgétaire, partage équitable des taux de financements entre l’Etat, la collectivité et la CNAF, groupe de travail avec la CNAF sur les taux d’encadrement. Et ces demandes ont été acceptées !

Depuis des mois, nous ne pouvons que nous satisfaire de la qualité de la concertation qui se déroule dans les différents territoires avec les acteurs locaux. Jamais nous n’avons autant parlé d’éducation, de bien-être de l’enfant, de partenariat, de place des parents, de réussite… Quel progrès et quel enrichissement !

Il est fallacieux de dénoncer un soi-disant transfert de compétences de l’Education nationale dans les domaines artistiques, culturels et sportifs en direction de nos municipalités. Au contraire, la loi sur la refondation de l’école a consacré le parcours culturel et sportif sur temps scolaire et l’Académie du Val-de-Marne en a fait l’un des axes des prochains projets d’école, actuellement en construction.

Nous partageons les oppositions à l’idée d’une territorialisation de l’Education nationale et tenons à rassurer l’ensemble des acteurs de la communauté éducative sur ce point. Il est au mieux inutilement alarmiste, au pire manipulateur, d’agiter le spectre d’un désengagement progressif de l’Etat quant au statut, au cadre réglementaire et aux contenus de l’enseignement. L’Education nationale dans sa dimension pleine et entière demeure. La territorialisation est un fantasme.

Il revient en revanche aux communes depuis les lois de décentralisation de construire, entretenir, équiper les établissements scolaires du premier degré, de mettre à disposition le personnel technique et d’organiser, si elles le souhaitent, des accueils péri et extrascolaires. Or, ce n’est pas parce que le temps de classe passe de 24h sur 4 jours à 24h sur 4 jours et demi, modifiant du même coup les temps dédiés à ces accueils, qu’il est opportun de la part des communes de chercher alors à s’en défaire au profit de l’Etat. Ce n’est pas parce que la responsabilité de proposer les nouveaux horaires, en concertation avec l’ensemble des acteurs éducatifs et en cohérence avec le contexte local, est confiée aux communes que le cadre en est affaibli. Bien au contraire, la complémentarité entre différents niveaux de responsabilité prend ici toute sa dimension, nous nous en félicitons au nom de la qualité et de l’efficacité du service public et aurions même souhaité que cet objectif soit poussé encore plus loin par la refonte de la filière animation, d’autant que les syndicats d’éducation populaire prévoient la création de plus de 300 000 emplois, uniquement liés à l’aménagement des rythmes scolaires.

Certes, cette réforme va coûter de l’argent aux communes. Pas dans la mesure où l’Etat se déchargerait de l’un de ses champs de compétence (au contraire, il investit des sommes conséquentes) mais parce qu’à travers cette réforme, il invite les communes à repenser et améliorer l’ensemble des autres temps éducatifs, avec une attention particulière sur leur articulation. Quels que soient les choix qui seront faits, nous ne pouvons encore une fois que nous satisfaire de cette recherche collective d’un mieux-être pour les enfants et d’un meilleur partenariat entre acteurs éducatifs.

L’Etat va contribuer à la prise en charge de ces coûts supplémentaires mais une part de ceux-ci restera à la charge des collectivités. Sur ce point, nous nous réjouissons que les collectivités soient appelées à contribuer encore davantage à l’effort collectif voulu par le Chef de l’Etat pour offrir aux nouvelles générations un avenir meilleur que celui que notre société leur laisse aujourd’hui entrevoir. C’est un investissement pour l’avenir qui relève de notre responsabilité collective et qui reconnaît pour la première fois le rôle éducatif des villes.

La levée de boucliers contre ces responsabilités nouvelles est d’autant plus étonnante que dans le même temps, certains de nos Maires s’accrochent furieusement à d’autres charges qui doivent être prochainement transférées à la future Métropole parisienne. Face à ce conservatisme à vue courte, nous réaffirmons les principes de subsidiarité et tenons au contraire à réaffirmer comme priorité locale la réussite de tous nos jeunes.

Cela nous conduit à mettre l’accent sur les bienfaits de cette réforme. En 2008, tout le monde a dénoncé la suppression du samedi matin. Pourtant aujourd’hui, d’aucuns rechignent à revenir à 4 jours et demi et réduire les journées scolaires… Au prétexte que cela fatiguerait les enfants. Ce qui fatigue véritablement les enfants, c’est l’enchevêtrement des différents temps, acteurs et apports qui ne tiennent pas compte de leurs rythmes. C’est bien pourquoi cette réforme doit avant tout mettre l’enfant au cœur des réflexions et c’est également pourquoi l’échelon local est le mieux à même de tenir compte des réalités, fonctionnements, contraintes et ressources des territoires et permet surtout de travailler au mieux à l’articulation entre les temps, la complémentarité entre les interventions éducatives, la coopération entre les différents acteurs. C’est tout l’enjeu des projets éducatifs locaux qui définissent les priorités sur la base de diagnostics et autour de valeurs et d’objectifs partagés.

Le discours contestataire des élus communistes et de droite, curieusement réunis, évoque la concertation sans rien en dire. Or, la concertation en cours est bien le premier levier de la réussite de cette réforme. Sans concertation, pas de cohérence éducative, pas de consensus de la communauté éducative autour des enjeux liés au bien-être de l’enfant, à la réduction des inégalités, à la qualité des temps éducatifs et à la conciliation vie personnelle-vie professionnelle pour les familles comme pour les enseignants.

Ces ambitions qui naissent de la concertation sont autant de défis : agir contre la précarité et pour l’autonomie, construire des projets urbains qui prennent en compte l’ensemble des enjeux, rassembler des majorités politiques pluralistes autour de notre plus cher souci, l’enfance et la jeunesse.

Elles suscitent des interrogations ? C’est une bonne nouvelle. Nous avons attendu longtemps les grands débats nécessaires à ce que notre système scolaire renoue avec la réussite et qu’il devienne l’affaire de tous. Il reste beaucoup à faire. Remontons-nous les manches pour échapper aux travers gestionnaires qui pourraient conduire à une mauvaise mise en œuvre de la réforme au détriment des enfants. Ne ménageons pas nos efforts pour que le partage de ces enjeux au-delà des partenaires habituels conduise à la formation de véritables communautés éducatives.

Nous saluons les Maires, quelles que soient leur sensibilité, qui ont décidé d’appliquer la loi et de mettre en place dès septembre 2014 des politiques ambitieuses pour les enfants dans leur territoire. Nous espérons qu’aucun d’entre eux ne mettra en route une stratégie d’enlisement tout en évitant de se poser les questions qui vaillent. En tout état de cause, nous ne cautionnerons dans nos communes ni report ni mise en place d’une réforme taillée à la serpe, qui nuirait alors aux intérêts des enfants et en premier lieu à leur bien-être et à leur réussite.

Sandrine Bernard

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