L’inaction face à l’insalubrité laisse perdurer des drames humains.

L’insalubrité est un fléau à Ivry. Qui s’aggrave face à l’inaction des acteurs publics. 2200 immeubles recensés en 2012. 2500 en 2017.

Elle concerne tous les types de résidents

Pour les occupants de ces immeubles, cela signifie vivre dans l’humidité, avec des nuisibles, dans les courants d’air, les odeurs, les bruits, le manque d’entretien des parties communes, la peur et l’angoisse devant les dangers encourus, mais aussi et surtout développer des problèmes de santé. S’y ajoutent la dégradation des liens familiaux et amicaux.

S’il s’agit de propriétaires de biens dégradés, le plus souvent aux revenus modestes, un arsenal de mesures existe. Elles ne sont pas mobilisées par la ville qui tourne systématiquement le dos aux propriétaires parce qu’elle les prend et prétend les faire passer pour des profiteurs. Pour preuve, le budget consacré à cette politique publique a été réduit de moitié dans le mandat précédent (150 000 € par an).

S’il s’agit de locataires, la mairie ferme les yeux sur les petits arrangements qui consistent à mettre sur le marché locatif des biens qui ne devraient jamais être loués. Elle pourrait tout à fait instaurer des dispositifs empêchant ces abus. Bien des maires du 93 l’ont fait. Ces situations sont souvent les plus dramatiques. Des locaux insalubres, parfois sans fenêtres, où sont entassées des familles dans des conditions dramatiques. Des caves, des locaux à poubelle ou à vélos sont transformés en logement, manne financières pour des propriétaires véreux. La mairie ne fait rien. Cette situation se démultiplie, Ivry devient une piètre référence en la matière.

Des moyens conséquents sont pourtant mobilisables.

Des immeubles entiers rassemblent ces deux catégories d’occupants. Plutôt que d’être accompagnés par la mairie, ils sont baladés, laissés des années sans perspective. Pourtant, la municipalité dispose de plusieurs instruments juridiques et financiers pour réagir. Elle peut se substituer aux copropriétés pour faire un état des lieux, estimer l’état du bâti, les matériaux, les risques et qualifier l’insalubrité. Elle doit alors prononcer un arrêté constatant le péril. Elle peut alors mobiliser les aides existantes pour permettre aux propriétaires de procéder aux travaux nécessaires. S’ils ne sont pas en capacité de le faire ou ne réagissent pas à ses injonctions, elle a la responsabilité de mettre en sécurité les occupants et de réaliser les travaux.

L’Etat prend en charge le subventionnement du service en charge de l’hygiène et la salubrité, le financement du fond de subvention ANAH dédié à la rénovation de leurs biens par les particuliers, mais aussi les frais engagés par la ville pour reloger les occupants et réaliser les travaux. Ces financements sont cumulatifs.

En bref, l’inaction ne trouve ici aucune excuse, ce d’autant plus quand la situation est aussi lourde que la nôtre et qu’elle s’aggrave.

Encore faut-il vouloir agir.

Depuis des années, je suis régulièrement sollicitée par des victimes de marchands de sommeil ou tout simplement des propriétaires impuissants à entretenir leurs biens, sujets à des arrêtés de péril et inquiets pour l’avenir. A chaque fois, ces personnes soulignent la même détresse. L’absence d’explication, d’informations. Les services de la ville se déplacent. Et puis rien. A chaque fois, les familles expriment leurs souffrances, la dégradation de leurs conditions de vie, leur honte parfois, alimentant ma colère et ma détermination à dénoncer cette défaillance de la ville.

Contactée récemment par une habitante de la rue Mirabeau, je me suis rendue sur place. En l’espèce, ce n’est pas son appartement mais son immeuble qui présente un danger. Un danger grave et imminent. Sans doute touché dans sa structure par des travaux réalisés contre son flanc gauche, il s’affaisse. De grandes fissures strient ses façades. Sa cour intérieure se creuse. La ville a prononcé le péril. Des rats circulent de plus dans l’immeuble. Les habitants vivent dans la peur. Sans la moindre perspective. Pourtant, le constructeur de l’immeuble voisin doit avoir une responsabilité. A-t-il été contacté, les assurances sont-elles en relation, des experts ont-ils fait les constats ? La ville a émis un permis de construire. Elle a donc la légitimité à contrôler, si tant est qu’elle ait effectué les contrôles adéquats, la bonne mise en œuvre des mesures de prévention et à diligenter les mesures de réparation utiles.

L’immeuble voisin est également touché. Un péril a été prononcé depuis 1986. Est-ce acceptable qu’en 2021, on en soit toujours là ? A une autre adresse, un bidonville a été bâti dans la cour intérieure, entre les murs des immeubles. On peut imaginer les conséquences en cas d’incendie. Comment peut-on faire preuve d’autant de négligence ? Nous sommes à la porte de Paris, dans un secteur en pleine mutation. Ivry pourrait profiter de ce développement pour dynamiser ce secteur.

Cette inertie cache-t-elle d’autres intentions ?

J’apprends par hasard que la ville a l’intention d’acquérir ces 2 adresses. Tiens, tiens. La ville pourrait acquérir aujourd’hui. Dans l’état des locaux, les propriétaires seraient sans doute heureux de vendre. Mais si elle le faisait, elle devrait reloger les occupants et indemniser les propriétaires de la valeur de leurs biens. Tiens, tiens. Elle prononce donc l’arrêté de péril et attend. Attend que la situation s’aggrave. Que par désespoir tout le monde parte. Que les propriétaires perdent tout. Comme elle l’a fait à Ivry Port, au centre-ville avant cela ou à jeanne Hachette aujourd’hui, toujours la même stratégie. A l’issue, sans aucun doute, dans quelques années, elle densifiera le secteur. Mais d’ici là, pendant des années, des dizaines d’Ivryens subiront ce lent et violent processus destiné à l’accaparement de leurs logements.

Un dispositif de préemption renforcé concerne ce secteur Mirabeau, sans que rien dans le Plan local d’urbanisme n’indique les intentions de la ville. Y a-t-il quelque chose à cacher ? En tout cas, l’indécence, elle, ne l’est pas. Et malgré les beaux discours, ce sont les habitants toujours, qui en pâtissent.

Sandrine Bernard

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