Sinistrose à Jeanne Hachette !

Ce mardi 19 janvier, la majorité municipale a organisé une discussion en live à propos de Jeanne Hachette. Enième réunion sur un projet déjà ficelé depuis longtemps et dont la mise en œuvre est engagée et suit son cours d’année en année, méthodiquement et discrètement, pendant que les réunions publiques laissent penser qu’au contraire elle patine.

Sous couvert de lutte contre le trafic de drogue, les travées ont été fermées, les unes après les autres. Le trafic a perduré mais le centre a perdu ses circulations. Sous couvert de le redynamiser, les commerces ont été rachetés et laissés vides, entraînant le déclin de toute activité économique. Sous couvert de réhabilitation, les espaces ont progressivement été détournés et aménagés pour accueillir les services administratifs de la ville, tout en faisant croire que la concertation se poursuivait.

C’est l’esprit même du lieu qui a progressivement été vidé de sa substance.

Par des méthodes honteuses, comme souvent dans les opérations d’aménagement de la ville, des biens ont été préemptés après avoir poussé les propriétaires au départ et spolié leurs intérêts, sous couvert de l’intérêt général. Ici, l’intérêt général étant celui de la majorité municipale.

Ce mardi 19 janvier, il se lisait sur les visages gênés de la brochette d’élus venus expliquer l’inéluctabilité de l’installation du centre administratif et la fermeture du pont Lénine toute l’inanité du projet. Aucun ne croyait réellement aux arguments qu’ils convoquaient pour essayer de convaincre. 

Quels étaient-ils ?

  • Que l’insécurité ressentie par les participants n’est que l’affaire de l’Etat, bien sûr, en premier lieu. Avoir vidé les lieux de leurs activités et créé des coupe-gorges dans chaque recoin n’aurait pas contribué à dégrader la situation ?
  • Que l’implantation de commerces ne se décrète pas et que la ville n’a aucun levier en la matière. Effectivement, cela ne se décrète pas. Mais la ville a des leviers à sa disposition : elle peut accompagner les projets, solliciter des enseignes, encourager les initiatives, promouvoir l’attractivité du lieu, créer une dynamique avec les commerces existants plutôt que de chercher à les chasser, par une politique active de soutien au commerce, des loyers incitatifs, d’autant plus facile à proposer que les biens acquis appartiennent à la ville, ou encore par une aide matérielle à l’installation et de la publicité, des chèques cadeaux, des partenariats, des achats de la ville… L’impuissance n’est jamais une réponse.
  • Que le centre a été réalisé à une époque, où les problèmes n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Certes ? Comme si toutes les architectures des années 70 dans les autres villes avaient fait l’objet d’un tel abandon et devaient disparaître…
  • Que le problème principal est la très grande précarité des Ivryens, on n’a pas bien compris si c’était ce qui expliquait l’état du centre, les problèmes de sécurité ou de commerce. Dans tous les cas, la précarité ne peut être un prétexte à l’inaction. Mais surtout, aucune solution n’y a été apportée.

Après avoir admis que ce lieu était un « caillou » dans sa chaussure, la municipalité a suggéré qu’il était temps d’assumer les désaccords avec les Ivryens et les a invités à venir constater par eux-mêmes :

  • d’une part la déliquescence du Pont Lénine, argument massue pour en justifier la fermeture, (après avoir favorisé sa désertion durant de nombreuses années). Voir ma précédente réaction, quand on veut tuer son chien…
  • et d’autre part l’état désastreux dans lequel travaillaient les services depuis 20 ans rue Saint-Just (que n’a-t-on rien fait plus tôt pour les soustraire à ces conditions de travail catastrophiques ?!).

Concernant le futur accueil administratif, personne n’a été capable d’indiquer quelle serait sa fréquentation ni ses horaires, aucune étude d’opportunité n’a donc été réalisée. Quant au reste, notre cœur de ville, une étude urbaine va être lancée, rien n’a été pensé quant à l’inscription de ce centre administratif dans son environnement.

Cela fait des dizaines d’années que ce patrimoine symbolique attend une vision, un projet digne de son architecture et de l’envergure de notre ville, il semble qu’il faille attendre encore.

Sandrine Bernard

Fermer le menu